Bleu Blanc Red Bull

Je fus vite rassuré. Mon nouveau cuissard court, deux tailles en dessous, est parfait. Toute douleur a disparu. Le départ pour Bedoin est dans trois jours et la caravane de l’exploit déjà prend les devants. Au niveau du pont d’Asnières, je suis doublé par trois voitures publicitaires « Red Bull ». La musique n’est pas encore à fond. Les hôtesses sont deux par voiture. Elles aussi se dirigent vers le sud. C’est certain : un à un, tous les acteurs de mon film se mettent en place.

Je n’ai pas aujourd’hui dans la poche beaucoup de bobines. J’allais tôt, pas loin et pas longtemps. Pour ma dernière séance, je voulais rouler comme mes premières souffrances. Je crois aux boucles et aux quais de la Seine. Clichy, Levallois, Neuilly, Boulogne, Pont de Sèvres, Sèvres et retour. La côte de Sèvres, ma cible matinale, est parfaite. Presque 10 minutes d’une belle et dure ascension. Je l’ai répétée. C’était l’exercice idéal. Là encore, aucune douleur ne l’a perturbé. La défaillance psychologique a fait pschiiit. Mon but est atteint.

En rentrant, il ne me reste plus qu’à profiter, c’est-à-dire, jusqu’au bout, à rêvasser. Je crois que, pour la première fois, je vais rouler sans chercher à être un bon acteur sur mon vélo. Il me reste une quinzaine de kilomètres. Je vais rouler, tout simplement, pour être bien. Aussitôt, c’est ma nature, je me laisse envahir par une nostalgie ensoleillée assortie d’un rictus béat. Peut-être le dernier sourire du condamné ? L’exécution est proche, mais je m’y rends avec la sérénité de celui qui croit au juste destin et – version laïque – au travail accompli. Au moment de traverser la Seine, s’active dans ma tête le petit projectionniste. Son coup de pédale est fluide, endurant et régulier. Je vois dans mes lunettes en noir et blanc. Je songe à mes moments de folle passion passés à ne penser et m’intéresser qu’au vélo et à vouloir, sauf femme et enfant, tout abandonner pour m’y adonner. Mais aussi à mes moments de déprime et de démotivation, lorsque je roulais, dimanche après dimanche, si seul ou si peu.

Que restera-t-il de tout cela, de cette vie nouvelle que je me suis contée ? J’ai appris, je crois, à aimer mon pays autrement que par ses idées, ses trois couleurs et ses écrits. J’ai regardé les paysages. J’ai affronté leurs reliefs et les vents. Je me sens intégré à une partie de la Nation que j’ignorais, dont j’étais, dans mon propre pays, étranger. La ville ne connaît pas les champs. La mer ne connaît pas la terre. Les riches ne connaissent pas les pauvres. Le vélo brise les castes. Le vélo relie. Le vélo unifie.

Longeant Longchamp, je n’ai pu résister. Je me suis offert un dernier tour de piste.

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