Koufra-sur-Yvette : un blessé

Je suis passé en deux ans par tous les états : épuisement, crevaisons, problèmes techniques, baisses de moral, perte du signal GPS sous des éoliennes… Tout y est passé. Mais jamais je n’avais ressenti la moindre douleur. Jamais l’ombre d’une demi-blessure n’était apparue. Ce matin encore, tout allait bien, jusqu’au 18ème kilomètre. Douleur à l’aine droite. C’est un coup, je m’en persuade, de mon cuissard court que je remets cette année pour la première fois, mais qui fait désormais deux tailles de trop. Autre explication à la gêne ressentie, qui est sûrement la plus juste : à moins d’une semaine de l’événement, la « blessure diplomatique », d’après la belle expression de Pierre Jacky. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas pris de risque. Je ne veux pas tout gâcher. Alors j’ai coupé. Comme de bien entendu, dès ce choix fait, la douleur s’est réduite jusqu’à parfois disparaître, validant la seconde option. Je trouve même le moyen en rentrant, si j’en crois Strava, de battre mon record personnel sur la côte de la Belle Image. Mais je n’ai pas tout perdu. D’abord, sur le plan physique, je me réserve de la fraîcheur. Surtout, grâce à mon rythme au ralenti, des découvertes supplémentaires sur des routes pourtant désormais familières sont possibles. L’une tombe à pic. A Gif-sur-Yvette, avant de remonter vers Saclay, au pied de la côte susnommée, pris au feu rouge, je m’arrête et déchausse sur la partie droite de la chaussée. Je n’étais plus sur la D306. J’étais, en ce week-end du 70ème anniversaire de la victoire des alliés et de l’Armistice de 1945, sur la voie de la 2ème DB. Oh, ce n’est pas seulement le fruit de mon imagination. La « Borne du serment de Koufra » l’atteste sous mes yeux. J’ai encore appris grâce au vélo. Koufra, c’est une oasis aux mains des Italiens, au sud de la Libye, libérée le 1er mars 1941 par le colonel Leclerc, âgé de 38 ans. Le 2, au matin, Leclerc réunit ses hommes. Daniel Nevot, dernier survivant parmi ceux-là, a fait le récit de ce moment. Voici ses mots. C’était en 2011. « On était une vingtaine (…). Les autres étaient éparpillés autour, sur 1 km à la ronde. Leclerc nous a dit: ‘Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.’ (…) Leclerc, on l’aimait comme notre père… On était émus. » Garance Le Caisne, la journaliste qui l’avait interrogé pour le Journal du dimanche, conclut : « Trois ans et demi plus tard, après la montée vers la Libye, la Tunisie, le Maroc, le débarquement allié et la libération de Paris, la 2ème DB atteint Strasbourg. Le 23 novembre 1944, un spahi monte sur la flèche de la cathédrale et accroche un drapeau, fait de bric et de broc (…). Le bleu du tablier d’une charcutière de la ville, le blanc d’une chemise d’un capitaine et le rouge de la ceinture d’un spahi. Le but était atteint. »

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