Je suis une modeste mobylette qui tient bon.

C’est une nouvelle France découverte sur le bord de la route. Une France à laquelle, je dois bien le reconnaître, je ne m’attendais pas. La France des rassemblements de mobylettes ! Attention, pas n’importe quelles mobylettes. De vieilles machines rétro seventies qui brillent et dont les pilotes s’étaient donné rendez-vous en bord d’un lac – probablement n’était-ce qu’un étang mais en vélo tout est magnifié - non loin de La-Celle-lès-Bordes (amusant), dans les Yvelines. Même quand on n’y connait rien, c’est mon cas, on trouve cela joli. On entend les moteurs vrombir. On voit les carlingues refléter. On perçoit les guidons trembler. Je le dis sans moquerie aucune, car ma bécane à moi, mon bon vélo, mon b’twin sans chevaux, grince ce matin depuis le départ ! Chaîne, plateaux, pignons et dérailleur sont à huiler. Insupportable bruit qui nous annonce une longue, mais longue, tellement longue matinée. Qui  nous fait imaginer que rien ne va plus, que tout se dégrade, que rien ne fonctionnera plus comme avant et comme il faut. On se sent comme un enfant seul dans une grande maison la nuit. Du fond de son lit il tend l’oreille plus que de raison et guette chaque bruit. Une porte qui couine. Un volet qui choque. Tout devient suspect. Même s’il ne court aucun danger, l’enfant est terrorisé. Il ne m’en fallait pas plus. La trouille du Ventoux est venue en rafale.

Mon fort intérieur a tenu. Le bruit progressivement s’est éloigné. Mais les doutes sont restés. Et si le vélo se met à grincer aux premiers hectomètres de la montée, comment je fais pour tenir le coup ? Penser à prendre de l’huile. Naturel en Provence. Sauf que les pépins toujours viennent en grappes. Les questions s’accumulent. Et comment je vais m’habiller le jour j ? Les habits devront être élégants, confortables et garantir une juste et stable température… comme pour se rendre à un premier rendez-vous. Quelle température il va faire tiens, pas bête ? Et l’écart entre le pied et le sommet ? Et le vent ? Oh punaise… comme je vais faire pour m’en sortir ? Car depuis deux ans je fais le fier parce que j’avale des côtes et je relance dans les entrecôtes, mais ce que je grimpe – sans facilité du reste – durant 5, 7, 8 ou 9 minutes, si pentues soient les pentes, comment vais-je faire pour le réussir, durant près de 3 heures ? J’en reste coi. Je réalise. Il faut en appeler à l’exploit.

Sur mon parcours du jour, à mi-route, j’arrive à Clairefontaine. C’est une destination, connue de ceux qui suivent le foot, pour le pire et le meilleur. Les plus grands trophées se préparent là-bas. Objectivement, je n’ai jamais été aussi affûté. Les choses avancent et tout va beaucoup mieux. Mais je pars de loin. Sur le papier et dans les jambes je ne suis toujours pas prêt. Mais dans ma tête si. Quoi qu’on et que j’en dise. La campagne du printemps porte d’ailleurs ses premiers fruits. Dans les 17 tournants, j’ai réussi à doubler le vélo qui était devant moi. C’est bien la première fois que cela m’arrive sur cette difficulté. Elan de fierté. Encouragements audio. Des pois rouges poussent sur mon corps blanc. Toutes mes vaccinations sont pourtant à jour. Survolté, je cherche une nouvelle cible. J’ai été criblé le premier. Les bras en l’air, je me rends. 1, 2, 4, 6, 8, 10 vélos me remontent. Les gars pédalent une vitesse que je ne peux pas atteindre. Tout si vite redevient si dur…

Face au vent ma ténacité est récompensée, avec un bon point, à Gif, dans la côte de la Belle Image. On ne peut pas dire, en fin de sortie, que je l’aie montée bien vite. Vous allez rire, mais à 8 km / h je me sentais bien. Aller doucement mais aller en haut ? Et si je tenais le gimmick à murmurer lors de ma souffrance à venir ? Cette question-là contient la réponse. S’il faut monter le Ventoux à 8, même à 6 km / h pour réussir sans m’asphyxier, certes ce sera long, mais ce sera. C’est tout ce que je recherche. I am a poor lonesome cow-boy. Pas besoin de rutiler. Je suis une modeste mobylette qui tient bon. Cela pourrait ressembler à une épitaphe. Je suis un optimiste. Je préfère y voir la clé de mon succès.

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