Gibeaux show, Gibeaux niveau

Le mérite de la littérature est de nous offrir des tranches de vie qui forment autant de matière pour éclairer et guider la nôtre. Notre professeure de Lettres nous apprenait en hypokhâgne à nous référer à des passages précis pour être reconnus comme des spécialistes. J’avais 18 ans et je lisais Flaubert. J’ai retenu onze ans après la leçon. Page 28 du « Vélo Magazine » du mois de mars, l’auteur (le fameux « auteur »…) a publié un décryptage passionnant sur le placement à la sortie du Poggio, repère et passage clés de Milan San Remo. « Dans cette œuvre », le narrateur se fait scientifique. « Il démontre que » les 10 premiers sur la ligne d’arrivée étaient tous en tête à l’approche du Poggio. La théorie du placement est « un motif récurrent » dans l’écriture contemporaine. Johnny Halliday, penseur trans-séculaire, avait lui aussi exposé, précurseur, lors d’une rêverie saharienne, un précepte voisin : « Si je n’étais pas parti 30 minutes trop tard, je serais arrivé 30 minutes plus tôt. » Le contraire n’a depuis jamais été démontré. Toujours est-il que ce matin je n’ai pas réussi, en fin de parcours, à basculer avec les meilleurs, à garder la bonne place, à terminer avec le groupe.

Le groupe Gibeaux, le grand groupe Gibeaux de Tours – nous nous y retrouvions avec Pierre Jacky et Jean André – est encore trop fort. Il s’en fallut, aux dires de Pierre Jacky, de peu. Si je basculais, sur le retour, au sommet du pont d’autoroute à 20 kilomètres de l’arrivée, c’était bon. Mais impossible de relancer davantage. Ce n’était que le groupe 2, mais j’étais à bloc. J’ai tenu disons 15 ou 20 km de plus que la dernière sortie avec ce peloton qui n’a pas ralenti l’allure un seul instant au moins sous les 30 km / h. Au ralenti sur le dernier quart de la boucle, mon compteur termine à 28 de moyenne. Son record. Mon épuisement.

Le groupe Gibeaux est l’un des rendez-vous où chaque fois je termine en sale état. La fois précédente les crampes étaient venues au moment de lever la jambe droite pour quitter le vélo. Un côté canin légèrement gênant. Cette fois, après 88 km, la position n’est guère plus agréable : les crampes ont sévi en pleine ascension de la butte finale, incontournable et nécessaire pour rentrer à la maison. Rien à se reprocher pourtant. La préparation était sérieuse : à base de « Moscato Show » dans la voiture avec Jean André le vendredi soir et à renfort d’achat du nouveau « Vélo magazine » le samedi après-midi à « Cultura ». Habituellement implacable. Je ne comprends pas.

Alors, que dois-je améliorer ? L’endurance quand le rythme est élevé ? Absolument. Et la puissance alors ? Eh bien Jean André m’a raconté à table le midi (j’allais mieux) une anecdote venue du cœur du peloton. Je veux voir le verre à moitié plein : elle est un trophée. Avant la cassure et avant d’aller se confronter au groupe 1, Jean était juste derrière moi, « au chaud », à parler avec un vieux complice du club de vélo du coin, où il a fait ses premières armes, le club du quartier « Paul Bert ». Ce Paul Bertiste, informé du lien qui m’unissait à Jean, fut sans doute impressionné par ma tenue du club de Courbevoie. Je l’avais mise exprès. Je l’ai jouée à l’intox. On connaît l’esprit méfiant du compétiteur. Je voulais que chaque habitué du coin se murmure intérieurement pour lui-même, l’espace d’un instant : « oh merde, il doit être bon le gars, il vient de Paris ». Gamin, à la pétanque, la phrase était toute faite également : « Attention, le nouveau, c’est un gars qui joue à Aumale, il a une licence ». Mon Paul Bertiste s’est contenté ici, parce qu’ en public il devait sauver la face voyons, d’un : « Ah c’est lui ton beau-frère ? Il a l’air puissant. » Aveu refréné ou discrète moquerie ? M’en fous. J’ai l’autre compteur avec moi, celui de la balance, historiquement bas.

Une sortie donc pour souffrir et progresser. Jean André a fait le grand tour mais a pris un coup de vent. Pierre Jacky irréprochable compagnon sur le parcours B. Les plus beaux exploits de vélo furent ceux du Tour des Flandres l’après-midi à la télé et ceux, surtout, que nous inventions, Jean et moi, le lendemain, dans la voiture, pour le retour vers Paris.

Une réponse à “Gibeaux show, Gibeaux niveau”

  1. Jean André 24 avril 2015 à 7 h 19 min #

    Ahah excellent cet article, j’ai bien rigolé

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