Le correspondant de Ouest France

C’est la deuxième étape du Tour du Pays d’Auge (nom commercial : Les Bosses du Pays d’Auge), une course confidentielle – le correspondant de permanence à Ouest France a dû avoir un empêchement -, où Jean-Paul Guyader et votre serviteur sont les deux engagés : Lisieux / Livarot / Saint-Pierre-sur-Dives / Lisieux. Une journée à l’ancienne, en deux temps. Contre-la-montre le matin avec comme objectif d’arriver pour déjeuner (nous étions attendus). Course en ligne l’après-midi, avec un canapé mérité en guise de podium, devant un bien peu réjouissant France-Irlande à l’arrivée.

9h40, départ. Direction Livarot, dont les rond-points sont déjà ornés de bicyclettes aux couleurs des maillots distinctifs, puisque la commune recevra en juillet les honneurs d’une arrivée d’étape du Tour de France. Les autochtones préparent aussi leurs appareils photos et leurs angles de vues. Au bord de la route, un chien dans une poussette. Sa photographe face à lui. Une amie sans doute, derrière la poussette et le chien, qui sourit et prend la pose. Sourires également sous les casques. D’ailleurs, pas en mémoire d’avoir vu un enfant… Mystérieux tout ça. Quoi qu’il en soit, après 20 km, Jean-Paul allait encore bien. Pour être certains que cela continuerait, nous décidâmes, au feu rouge à la sortie de Livarot, une pause pâte de fruits. Premier accroc. Je regarde Jean-Paul et le vois dans l’expectative. « Tu as tes pâtes de fruits normalement Jean-Paul, je te les ai passées au moment où tu préparais les bidons ? » Réponse gênée : « Euh là, t’es sûr ? Ah bah t’as raison elles doivent être restées sur l’évier ».

Direction Saint-Pierre-sur-Dives. Une ascension et des virages. Livarot en contrebas sur notre droite. Puis une descente offrant une vue panoramique sur ce bout de Normandie. On se croirait sur une boîte de camembert. Nous sommes donc sur le bon chemin. Replat. Un scooter poussif nous double. Je pense, amusé, à Pierre Jacky qui avait sur cet exercice réalisé un numéro d’élite voici quelques semaines. Pour rire, je monte le plateau. Je descends les dents. Je me dresse sur les pédales. Je tente de prendre la roue. Début du sprint. Je suis parti un poil trop tard, le temps de me décider, d’assumer l’idée de ma « bêtise », de passer du sourire au serrage de dents. Je n’ai donc pas réussi à prendre l’aspiration. Sur 200 mètres je suis resté 10 mètres derrière. Abandon. Frein. Demi-tour. Re-demi-tour, je retrouve Jean-Paul. Il nous reste avant la pause de midi une dernière côtelette avant de passer à table. Encore 3 kilomètres tout au plus. Mais Jean-Paul n’a peut-être pas digéré la pâte de fruit. Les noms d’oiseau volent : « p…., j’en peux plus, j’ai les os du c… en compote ». Le cuissard long d’hiver n’a pas su rivaliser face à sa selle cuir-acier. Le lendemain, dans Ouest France, notre correspondant, s’il avait été bien informé, aurait pu titrer : « 2ème étape du Tour du pays d’Auge : le « burnes out » du champion ».

Mais voici la pancarte « Saint-Pierre ». Selfie. L’heure de la première récompense est venue. Le grand moment. Tu parles que nous étions motivés. A 12h00, c’est un formidable gueuleton qui nous attendait, chez et préparé par Simonne, la grand-mère de Jean-Paul. Assurément le plus beau des ravitos. Œufs mimosas, steak frites, pont l’évêque (sur du pain que, triomphalement et en tenue, n’oubliant pas d’ôter nos casquettes de vélo en nous inclinant devant la vendeuse, nous sommes allés chercher), tarte à la rhubarbe, petits chocolats. Boissons : eau, cidre fermier, café. Repas d’autant plus arrosé que dehors il commençait à pleuvoir.

En quittant la table, j’ai jeté un coup d’œil curieux et indiscret sur le buffet. Une carte postale, en noir et blanc, encadrée, d’un village tarnais, Boissezon. Boissezon, communauté d’agglomération de Castres-Mazamet, canton de Mazamet Nord Est, village perché non loin de la Montagne Noire. Coup d’œil à Jean-Paul. C’était le village natal du grand-père. Nouveau coup d’œil. Le hasard (?) fait que le Tarn est pour la fin du mois d’août une destination commune. Les vélos seront de sortie. Ils grimperont jusqu’à Boissezon.

Dernier salut par la fenêtre. Nous enfourchons nos machines pour un bout de visite de la commune et de son marché, sa grande halle, que les habitués de l’A13 connaissent car c’est le dessin d’un panneau touristique et patrimonial d’autoroute, vide ce samedi après-midi car le rassemblement professionnel est le lundi. En route pour Lisieux. En passant par Saint-Julien et ses bosses, mais nous avons pris des forces. Les routes étaient petites et agréables. Peu de voitures. Trois souvenirs resteront. Le premier, longeant des pommiers, où nous n’avons pu réfréner un chiraquien « Mangez des pommes », sans nous douter que la prochaine intersection donnerait sur la « rue du parquet ». Le deuxième est le souvenir d’une montée sereine, entre de grands arbres roux, sur des routes légèrement sinueuses, en silence, sans véhicule pour nous doubler et sans parole. Jean-Paul et moi savourions sans un mot, côte à côte. Le troisième est un peu moins bon, mais contribue au roman. La pluie qui n’a pas cessé avait redoublé. En arrivant à Saint-Désir c’était l’avalanche. Nous prenions définitivement l’eau et le froid.

Enfin ce fut Lisieux. Une arrivée, comme à l’accoutumée, au sommet. « Pour rentrer à la maison, par n’importe quel chemin, ça monte. » Très bien, ce sera l’apothéose. La première partie de l’ascension à partir du centre-ville est même en secteur pavé. Final exaltant. Jean-Paul donne tout, cravache, se déhanche, remue des épaules, livre ses dernières forces. Je fais ce que les gars de Courbevoie, les gars du club, font pour moi en pareil cas : je pousse mon ami. Au courage, il parvient au sommet. Et s’effondre sur la ligne d’arrivée dans un dernier geste mêlant sublime et poésie. C’est fait ! Cette deuxième étape du Tour du Pays d’Auge est avalée. Nous pouvons ôter nos tenues dans le garage et nous essuyer avec force serviettes, avant de passer des peignoirs en moumoute à bordures de soie. Les acteurs italiens que l’on voyait dans certains films lorsque nous étions jeunes avaient les mêmes.

Le bilan est non pas « rapide » – ce n’est pas le mot – mais simple. 63 km en partant à 9h40 et en revenant à 16h00, assurément l’un des grands moments de la saison. Ensemble, en rythme et en choeur.

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