« C’est-à-dire pas beaucoup plus vite qu’à vélo. » Intermède suédois, danois, irlandais.

- Le plus curieux, c’est qu’on se souvient très bien de ses journées en mer, dit Marcel. Vous n’êtes pas d’accord avec moi ? Vous ne pensez pas qu’on se rappelle plus de jours en mer qu’à terre ?
  Les vieux réfléchirent un moment avant de lui donner raison. C’était une chose que Jacob Nielsen avait remarquée au cours de leurs conversations : les marins ne se donnaient pas de grands airs et ne cherchaient pas à se rendre agréables. Ils disaient ce qu’il en était et leur avis sur la question, sans détour.
- Je crois, poursuivit Marcel, que c’est dû au fait que les choses se passent plus lentement, à la mer. On a le temps de laisser les impressions s’imprégner. Par vent et mer contraires, on ne fait pas plus de quatorze nœuds. C’est-à-dire pas beaucoup plus qu’à vélo. Avez-vous pensé à cela ?
- Oui, coupa Jacob Nielsen pour une fois. J’ai connu un homme qui était un passionné de Samuel Beckett, vous savez : l’écrivain irlandais qui s’est installé en France et a ensuite obtenu le prix Nobel. Mon ami voulait savoir tout ce qu’il était possible de savoir sur Beckett et sur ses livres. Il est donc allé en Irlande spécialement pour voir s’il y avait des choses, dans les œuvres de cet écrivain, qu’il n’avait pas comprises parce qu’il était Danois. Un jour, il se promenait dans la campagne. Tout autour, il y avait des enclos avec des vaches et les petites routes étaient couvertes de bouses. C’est alors que mon ami a compris pourquoi il y a une telle profusion de bouses de vache dans les œuvres de Beckett. C’est vrai, il y en a beaucoup plus qu’il n’aurait été normal. Ceux qui lui ont attribué le prix Nobel ne l’ont certainement pas remarqué. Et, m’a précisément dit mon ami, s’il ne s’était pas déplacé à pied mais en voiture ou par le train, il n’aurait jamais découvert cela. Je me souviens aussi qu’il m’a dit : si voyager c’est découvrir, c’est la vitesse qui compte.
  Tous hochèrent la tête en entendant cette histoire et ils ne tardèrent pas à tomber d’accord, d’une façon émouvante, sur le fait que le voyage était une question de marche du temps.

Björn LARSSON, Le capitaine et les rêves, traduit du suédois par Philippe Bouquet, Grasset, 1997, 2012 pour la traduction française (extrait).

Une réponse à “« C’est-à-dire pas beaucoup plus vite qu’à vélo. » Intermède suédois, danois, irlandais.”

  1. Pierre Jacky 15 janvier 2015 à 8 h 20 min #

    bonne pioche !

Laisser un commentaire

Nataliefolan |
Suivrelebasket |
ON-LINE News channel |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tennis1
| Vital Aspects Of Learn Engl...
| Earjerseyqq106