Service public

En Bretagne le vélo est un sport noble. Alors, autour de Dinan, Pierre Jacky et moi pouvions, en 43 km, rejouer la guerre de Cent ans et la bataille de Du Guesclin, dont la statue s’impose dans la sous-préfecture des Côtes d’Armor, et de Cantorbery qui, nous a-t-on dit la veille au restaurant, même si je n’en ai pas trouvé trace au bout de deux clics dans wikipedia, aurait été son meilleur ennemi, son meilleur Anglais. Après une quinzaine de kilomètres peut-être et malgré quelques bosses déjà dans les pattes, Corseul est notre premier terrain de combat – à vrai dire le seul car ensuite je ne pourrai plus rivaliser. Mais il est un chef d’œuvre de tactique et d’offensive, réalisation d’autant plus belle que la manoeuvre est exécutée aux dépens d’un ancien de la Royale. La pancarte est là, bleue façon communauté de communes, au sommet d’une petite mais propice ascension. Ni une, ni deux, n’écoutant que mes jambes qui me crient « maint’nant », je saute sur l’occasion et place une attaque mémorable. Pierre Jacky ne s’y attendait pas. Il ne peut réagir. Ou plutôt si. Il tente, quelques dizaines de mètres plus loin, à l’approche de la pancarte, blanche et rouge, façon commune. Il lance alors son accélération. Mon sang ne fait qu’un tour de roue. Je me dresse sur les pédales et, au sprint, reviens centimètre par centimètre pour échouer victorieusement au millimètre près. De mauvaise foi mais aimant le panache, la photo finish, contre tous les principes, se prononce en ma faveur. 

Malgré quelques défaillances au cours des difficultés successives de l’étape et en dépit des « pancartes » suivantes sur la ligne desquelles je m’inclinerai, ce récit serait bien néanmoins à l’image de notre sortie. Sur un terrain très valloné, j’ai décroché peu, ou pas, dans les montées. Bonne nouvelle, les 2 101 km parcourus en 2014 ont payé. Mais, quasi systématiquement, je ne parvenais pas à m’accrocher au moment de relancer. L’entraînement devait donc se poursuivre. Il faut hausser le niveau. Pierre Jacky s’y employa. Sur la route de Lehon (prononcer Léon), il sortit le grand jeu. Une monture motorisée dont le cavalier n’avait pas spécifiquement le gabarit « jockey » fit son apparition. Pierre décide alors de prendre sa roue. De derrière je vois son dos se courber, ses mains se baisser, son cou se rentrer. Il pédale. Il appuie. Il va « rentrer ». C’est officiel : il s’agit d’une séance de Pierre Jacky derrière derny. On aurait dit Tony Gallopin. Ce n’est pas tout. Trop « facile » ou vexé d’avoir compris que la pénétration dans l’air du pilote n’était, disons, pas optimale, mon équipier décide d’en remettre une couche et de doubler l’engin. Il faut varier les plaisirs : c’est désormais une séance de derny derrière Pierre Jacky. Il s’en fut de peu qu’un stop arrivant un peu tôt mène cet exploit à la catastrophe, mais la performance est intacte et sans dégât.

Enfin je veux rendre hommage au service public et à la permanence des services déconcentrés de l’Etat. Nous tenions à remercier les agents du « Café des sports » de Corseul dont la vigilance n’est plus à démontrer. Leurs collègues de la DDE et du Conseil général avaient posé des panneaux « Dinan » vers la gauche et « Plancoët » vers la droite. Nous cherchions « Saint-Maudier ». L’agent de permanence, fumant sa gitane sur le trottoir pour montrer aux usagers que le bureau était ouvert, nous renseigna. C’était tout droit.

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