Deux arbres

Ces deux arbres, non pas que je cède aux sirènes de l’actualité, les arbres ayant été les héros médiatiques de la semaine depuis que l’un d’entre eux a été planté, avec forces attachés de presse, journalistes et caméras dans le parc de Matignon, m’ont fasciné. Perdus dans le Vexin, ils sont seuls et secs, comme deux ultimes soldats encore mobilisés sur un champ de bataille pourtant déserté depuis des lustres, deux vigies oubliées de tous, si ce n’est des cyclistes pour qui ils sont challenge, sommet et ligne d’arrivée. Bon sang qu’ils s’y prêtent à symboliser cette ligne blanche et ce portique ! Le cadre pour le podium et la photo est idyllique. Pour peu, mais vraiment pour très peu, on regarderait dans les branches le chrono s’afficher et, à gauche, à droite, les spectateurs encourager et féliciter. Ces deux arbres, Je ne les ai jamais vus et pourtant, non seulement je ne voyais qu’eux (il fallait basculer en tête si je voulais avoir une chance de rentrer avec le groupe), mais surtout quelque chose me disait que je les connaissais. Je n’y ai pas songé sur le moment. Cela m’est venu plus tard, dans l’après-midi. Ils m’ont rappelé les heures passées dans un jardin, celui de mes grands-parents, à « taper des pénalités », avant, à la mi-temps, et après les matches de rugby du samedi à la télé. J’avais mon ballon « Gilbert » blanc aux liserés jaunes et et bleus. Je visais, au fond du jardin, objets de toute ma concentration et de mon exercice, deux arbres faisant office de poteaux. Le sport n’est pas le même, mais le rêve si. On est Titou Lamaison et Laurent Jalabert. On est à Twickenham et à Peyresourde. Il faut prendre de l’altitude, redescendre avec la bonne trajectoire et passer entre les perches. Le roman n’est pas toujours sur le terrain ou sur la route. Il est systématiquement dans les yeux du gamin qui s’amuse, qui ferme les yeux, surjoue l’effort, le commentaire et l’exploit. C’est Noël dans quelques jours, on peut bien se faire ce cadeau.

Marcel, légère barbe blanche, n’avait pas mis son bandana rouge et blanc à pompon. Celui qu’il portait était jaune et sans. Son bidon n’est pas devenu hotte, mais son vélo fut mon traîneau. Nous nous étions donné, avec les volontaires du club et nos maillots Courbevoie, rendez-vous à 9h00 derrière le stade « Jean-Pierre Rives » (tiens tiens…). L’enjeu était double. 1) Les sorties d’hiver du club sont de retour. Elle sont ma saison à moi et la préparation de celle des autres. 2) Ce dimanche est le jour le plus court de l’année. Je devais donc rentrer avant la nuit. Notre parcours : Aller à Auvers-sur-Oise puis de là gagner Hérouville / Livilliers  / Génicourt / Epiais-Rhus / Vallangoujard / retrouver Livilliers / Hérouville / Auvers, enfin rentrer… Fidèle à mes kilos, même si j’en ai abandonné quelques-uns depuis les premiers billets de ce blog, j’ai « sauté » à la première longue bosse du parcours qui était aussi la première bosse tout court, à Auvers. Marcel qui s’est laissé décrocher pour m’accompagner me dit que si on monte cette côte à 25 à l’heure, c’est qu’on est en forme. Mon compteur affiche péniblement 17 ou, sur les « bons mètres », 18. Au sommet, on a eu beau doubler un ou deux bonshommes plus lourds que moi ce qui est déjà ça, le groupe n’est plus en vue. Direction alors le circuit des « deux arbres ». Avec une mission : arriver au sommet avant les autres qui ont pris un circuit plus grand. La poursuite est engagée. Les arbres se rapprochent. Toujours personne derrière, si ce n’est Olivier qui va deux fois plus vite que tout le monde et fait demi-tour pour recommencer, Éric qui doit être pas mal lui aussi et Jan qui a nous a retrouvés après un passage furtif chez Norauto, façon Vietto, pour resserrer son pédalier. Déjouant les pronostics, nous franchissons « les deux arbres » en tête. A peine une pâte d’amende avalée (on ne se serait pas payé le luxe d’une glace vanille parfum Bahamontes un 21 décembre), Marcel qui veillait sur moi mais croyait peu en nos chances me lance, raisonnable : « On va continuer pour garder une petite marge, ils nous rattraperont un peu plus loin. » Dans ma tête j’entends : « allez, on continue d’attaquer, on va creuser l’écart ! » La poursuite continue. Mais si l’on dit qu’en voiture un trajet retour est toujours plus court qu’un aller, il y a forcement une formule de relativité croisée à un théorème de pénibilité qui démontre que c’est à vélo l’inverse. Le retour m’à semblé, comment dire avec pudeur ?, dur, long et ascendant. Dans la plaine au vent, c’est passé. Un peu de mal à garder les roues, mais c’est passé. Par contre, moi qui croyais, regagnant la ville et les feux de circulation, trouver un peu de répit, ce fut tout le contraire : des faux plats montants tout le temps. Les longues sorties en groupe ont en tout cas des vertus d’encouragement inimitables, des poussettes prolongées dans le dos qui donnent des ailes (merci Jan), aux belles histoires de vélo qui donnent l’espoir (merci Marcel).

C’est la force du vélo. Pédaler, c’est entendre des histoires, se raconter des histoires, écrire des histoires. Je ne suis pas ce coureur vétéran qu’un multiple champion de France laissa monter à la troisième place du podium en cessant son effort à 100 mètres de l’arrivée, ce qui tira une larme à chacun ayant vu l’émotion du médaillé. Gagner n’est pas mon but. Mais si je pouvais longtemps encore entendre des histoires, m’en raconter et en écrire, je serais le plus heureux des cyclos. Après 96 km dont 84 avec le club, le Père Noël n’étant pas encore prévu pour ce jour, Il y avait à la maison un verre de vin pour me réchauffer. Je ne le lui ai pas laissé.

2 Réponses à “Deux arbres”

  1. Jean André 26 décembre 2014 à 22 h 07 min #

    Vous accueillez les non-licenciés dans ton club ? J’irai bien rouler dans l’Oise un de ces jours !

    • levelounvrairoman 27 décembre 2014 à 17 h 20 min #

      Je te préviens la prochaine fois que c’est direction Vexin ! On dira aux autres que je t’ai tout appris question vélo hein ?

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