Et j’ai Criel, Criel…

C’est la première fois que je rédige un début de chronique au bord de la route, tout en m’étirant un peu, l’Iphone à la main, sur un rond point de Berneval-le-Grand, devant le « P´tit Rocher », un bar-tabac-hôtel dont on ne sait pas trop s’il est ouvert ou fermé. J’ai « percé » 50 mètres plus haut, à quelques kilomètres de la fin de ma sortie. J’ai eu alors un peu de compagnie. Une dame au manteau violet, maquillage assorti, me voit prendre une photo de l’établissement. Elle me dit avec son accent dieppois : « Il prend des photos? Il est marrant. Vous faites du vélo ? Moi je marche. Oui il faut que je marche. Je ne peux pas me faire opérer de mon genou. C’est une situation de vie ou de mort. J’étais morte à 40 ans. » Elle ressort, quelques minutes après, de l’épicerie avec un gain de 16 euros au tirage du Loto de la veille. « Je les ai pas rejoués, je les ai gardés, j’ai eu raison hein ? » J’ai acquiescé. La voiture de la mécanicienne est alors arrivée.

Après deux sorties loupées, deux tentatives parisiennes, l’une où l’anneau de Longchamp un lendemain de tempête fut recouvert de sable et de feuilles mortes, l’autre où il était quadrillé et bouclé par les véhicules qatari aux vitres teintées déposant les spectateurs du Grand prix Qatar-de l’Arc de Triomphe, cette sortie normande m’a fait le plus grand bien et m’a réconcilié avec le vélo en solitaire.

J’avais choisi de longer mon littoral et de remonter vers le Nord. J’aime ce coin. J’aime ces paysages. J’aime ce temps d’automne et d’hiver naissant.  C’est celui que je préfère pour rouler, protégé dans ma veste, mon cuissard et mes gants, longs et chauds. Je m’y sens comme dans une pub de vélo : une route, une flaque, un cyclo. Je m’y sens bien. De Neuville-lès-Dieppe, je voulais initialement aller jusqu’au Tréport, mais je suis parti un peu tard et j’avais promis de rentrer tôt. Quand j’aperçus le panneau Criel, j’ai su que ce serait ma destination du jour, mon point de retour. C’est ce que j’aime sur mon vélo. Les histoires que j’écris en quittant les pédales (j’ai dit quittant!) ne sont pas celles que j’imagine en m’y « clipsant ».

Criel-sur-Mer, c’est trois choses pour moi : un restaurant pas loin sur la plage voisine où j’avais dévoré jadis tout le bacon disposé sur le buffet, une vieille affiche touristique du XIXème siècle vantant la proximité de Paris en chemin de fer que j’avais accrochée dans mon premier bureau à mon premier boulot, l’affectation de mon arrière-grand-père gendarme – corrézien. Le vélo ou, encore une fois, comment se retrouver…, sans qu’il soit question d’orientation. A Criel, Il y a aussi deux châteaux très élégants. Un centre-bourg éloigné de la mer. Une grande rue à emprunter pour la gagner, la « rue de Belgique » qui me plonge dans de belles rêveries cyclistes. Une maison qui porte un nom marquant bien que flou pour mes lunettes de sortie non adaptées à ma vue :  » Vis heureux » ou « Vie heureuse ». Enfin il y a la plage, sa falaise, ses galets, ses rochers (gros et « p’tits »…), ses pêcheurs, leurs « pousseux », leurs bottes, leurs cirés kaki de chasseurs de la mer, leurs « bouquets ». «  - La pêche fut bonne ? – Ouais, ça a été. » Alors je suis reparti et rentré. Heureux.

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