De la Corrèze à l’Alpe d’Huez ?

Etes-vous déjà allés, amis cyclos, en vacances dans un VVF en Corrèze ? Cela a tous les avantages. Celui de terminer sa sortie par la côte hors catégorie « du VVF », situé au sommet d’un promontoire. Celui de s’astreindre à une vie saine et calme propice aux « bonnes jambes ». Celui enfin de mettre à la disposition de ses résidents un recueil tout à fait exceptionnel de cartes et parcours précis et détaillés. Comble de la joie : il est écrit au dos du livret que les dames de l’accueil vous livrent une photocopie couleurs du parcours de votre choix. Hasard malheureux ou acte manqué, le mien, celui pour lequel j’ai craqué, joliment intitulé « La Ronde des Châteaux », une boucle de 100 kilomètres tout pile pour 4h30 de vélo, reliant à l’heure de la réforme territoriale les trois départements de la Corrèze, de la Haute-Vienne et de la Dordogne, était en noir et blanc. Je penche pour l’acte manqué. La Corrèze, c’est la terre d’une branche de mes ancêtres. Cette étape sera donc elle aussi en noir et blanc, sépia – le sépia des vieilles photos et des lunettes de soleil – à l’extrême rigueur, le sépia roux – également – des limousines du coin, bien longues et belles, bien nourries et charnelles, bien gardées plutôt que bien garées.

Je n’avais jamais mis les pieds en Corrèze. Mais où passaient mes roues, je ne pouvais m’empêcher, même si mon terrain de jeu d’un jour était un peu éloigné de celui des histoires familiales, de me demander si mes aînés y avaient mis leur pas. Il est vrai que lorsqu’on va en Limousin, on est tous un peu chez soi, non loin des grottes de Lascaux où chaque espèce du genre humain se retrouve, à Pompadour et à Ségur deux des villes et des châteaux franchis lors de cette boucle où chaque Français se dit que ces noms sont familiers. Il ne manquait plus que rallier la Monarchie de « Juillac » – sur mon parcours – et la coupe était pleine.

Et pourtant, disons la vérité, mille couleurs défilaient. L’une, surtout, dominait : la couleur verte. Le vert, celui des pommiers plantés par milliers, mes meilleurs compagnons massés sur le bord de la route. Le vert, celui du magnifique camion « Andros » qui me doubla dans la première côte de la journée – comme pour me dire que de l’énergie, pour arriver au bout, en solitaire, il en faudrait –, Andros dont les usines sont à proximité, Andros – ironie du sort – partenaire officiel des noirs et blancs du CA Brive. Le vert, enfin et surtout, celui de cette campagne du bassin de Brive ! Etonnante. Omniprésente. Mon dieu que la Corrèze est verte. A ce point qu’elle pourrait être normande. Il a certes, de l’avis unanime des autochtones, beaucoup plu ces deux dernières semaines, ce qui a accentué son éclat. François Hollande qui connaît bien les deux terres et à qui il arrive parfois d’affronter la pluie parviendrait probablement au même constat.

J’aimerais tellement aujourd’hui poser cette question à ma grand-mère, qui avait « fait son exode » dans ce département, le département natal de son père : « Ecoute, j’ai été frappé tant j’ai trouvé la Corrèze verte. Tu en as ce souvenir ? Tu ne trouves pas que cela ressemble par certains côtés à notre Normandie ? Et tiens, tu n’en profiterais pas pour me raconter l’exode… ? ». Mais cette question je ne la poserai pas, je ne la poserai plus. C’est fou comme les questions que l’on trouve insignifiantes quand les gens sont en vie le sont tout de suite beaucoup moins quand ils ne sont plus là. Le manque de curiosité est un vilain défaut. Le vélo permet d’y remédier à titre posthume. Il suffit d’avoir les cuisses solides. Il faut aussi un peu de tête et de mémoire. Rouler nous apprend notre histoire et notre géographie. D’où venons nous ? Où allons-nous ? De la Corrèze à l’Alpe d’Huez ?

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