U Giru di Corsica (2/2)

Un peu de course, enfin. Elle s’est déclenchée lors de cette seconde étape, au sommet du col de San Stefano, pour sa deuxième ascension du séjour. Après un début rapide, trop pour moi, où Pierre Jacky est parti « sur la plaque », regrimper ce col déjà connu fut l’occasion de la première vraie situation de course de ma carrière. Trois jours plus tôt, Pierre m’avait attaqué à 300 mètres du sommet et avait remporté tous les points du meilleur grimpeur. Il était donc question de revanche, à tout le moins de tentative. A 5 kilomètres du sommet, les choses se mirent en place. Pierre était devant. J’étais dans sa roue. Pour rien au monde je ne l’aurais lâchée. Nous montions à vitesse constante après avoir accéléré par rapport à la première partie du col, plus dure. Nous étions à 17 km/h et doublions à fière allure un cycliste au bandana et visiblement au bord de l’épuisement. Ce furent mes 5 kilomètres, non les plus difficiles car la pente était roulante, mais les plus intenses jamais parcourus. J’étais, dans ma tête, en pleine course. La courbe pouvait encore s’accentuer, stimulé par le moment, je serai capable d’accélérer. Les barrières de la flamme rouge approchaient. Les motos jaunes, seules, nous dépassaient. Une voiture rouge ouvrait derrière nous le cortège. J’étais galvanisé. Il y avait de la tension. Pas une mouche ne volait. Le silence de l’attaque qui se prépare n’autorisait comme seul bruit que le son des dérailleurs et des braquets qui craquent. Pierre se doutait de quelque chose, comme il me l’a avoué après, et de temps en temps se retournait, mais sans que nous n’échangions un seul mot et en veillant à ce que nos regards ne se croisent pas. 4 kilomètres. 3 kilomètres. 2 kilomètres. 1 000 mètres. Je reconnus un virage et parce que les distances qui nous séparaient du sommet n’étaient pas indiquées, je crus qu’à sa sortie il ne resterait que 200 ou 300 mètres. C’était le moment. Pour la première fois de ma vie, j’attaquais. Le travail de l’hiver et de l’année payait. L’attaque fut vive. Le trou se creusa. Je pris 10 mètres d’avance, 20 mètres, peut-être 30. En danseuse d’abord, sur la selle ensuite. Oh oui, sur la selle. Car, mon dieu, que les jambes avaient tourné. Côté braquet, j’étais resté sur mon « petit triple » et n’avais descendu que quelques dents derrière. Ce n’était pas du Tony Martin… Je ne saurais dire qui du souffle ou des jambes ont ont lâché les premiers. Le fait est que les deux m’ont abandonné. Plus d’air et mal partout. Fini d’appuyer sur les pédales. Les tourner, c’est tout. « Tout à gauche ». Y compris le coup d’œil pour constater l’inévitable : la fin de l’échappée et le contre, au train. Je ne pouvais évidemment plus suivre. J’avais attaqué au kilomètre. Aux 200 mètres cela passait peut-être. Là c’était de la folie vouée à l’échec. Je ne pris pas les points du meilleur grimpeur au sommet, mais le prix Antargaz du combattif, décerné par moi, m’était attribué d’emblée. Ce serait mon premier podium à l’arrivée.

Pierre me joua un second tour. La veille, il me parla de notre parcours avec une descente après San Stefano. C’est aussi pour cela que j’avais attaqué. Sauf que manque de pot : en prenant la seconde sortie au rond point du sommet, cela ne descendait pas du tout, cela regrimpait à des pourcentages plutôt costauds et en plein soleil. C’est un nouveau col qui commençait : le col de Bigarno. C’était, outre ma vengeance avortée, le véritable objectif de cette deuxième et dernière étape de notre Giru. Le col de Bigarno culmine à 885 mètres. Il faisait chaud dans l’ascension. Un léger replat permettait bien de boire et de manger, mais très vite la pente reprit ses droits. L’eau coulait à deux endroits. On entendait le bruit de cours d’eau qui chutaient dans la montagne, un bruit sacrément rafraîchissant. Elle coulait également sur mon cadre, en provenance de mon front dégoulinant de sueur. Après les chiens et les brebis de la première étape, ânes, vaches, veaux et taureaux, sur la route, sans berger, furent nos compagnons de route. Nous ignorions le nombre de kilomètres encore à parcourir et je ne voulais pas le savoir, souffrant parfois un peu ou imaginant la souffrance bien supérieure qu’il faudra endurer sur le Ventoux. Ce qui est drôle, c’est qu’on comprit au bout de près d’une heure d’ascension que le sommet était à quelques coups de pédale lorsque la forêt prit fin et que la montagne devint plus rocailleuse. Tout cela avait un petit – tout petit – air de Mont Chauve, d’autant que – surprise – un embryon d’observatoire nous attendait, composé d’un cabanon blanc et de deux pylônes électriques, sans que l’on sache vraiment ce qu’il observe sinon le vététiste que l’on trouvait assis dans un coin s’apprêtant à aller pisser. Au total, depuis le départ à 8h00 ce matin, deux heures et 30 kilomètres de montagne, à 15 de moyenne calcul facile, record d’altitude battu. Un selfie, évidemment, pour immortaliser ce moment.

Qui dit 30 kilomètres de montée dit ensuite 30 kilomètres de descente. Mais, en empruntant une route légèrement différente (en tournant à gauche à la fontaine à Murato puis en retrouvant Saint-Florent par la grande route), c’est un dernier exercice auquel nous nous livrâmes : le contre-la-montre. Ce Giru di Corsica étant pour le moins fantaisiste, ce qui est souvent un prologue fut ici notre épilogue. On se retrouva comme au début de l’étape : sur la plaque. Et lorsque la route est cabossée, cela devient une véritable tectonique. Peu importe, à 40, nous nous employions à réhausser notre moyenne du jour. Les maillots étaient bien trempés et désormais distribués. Au classement général Pierre endossait le maillot jaune et à pois rouge. Je m’accrochais à mon dossard rouge. Jean André à qui nous faisions le récit de la course m’honora du maillot du meilleur jeune, à 28 ans sans doute le plus vieux jamais décerné. Le maillot vert sera mis en jeu lors d’un autre Tour, au profil plus propice aux sprints endiablés des pancartes.

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