On monte sur la selle comme on monte sur scène, avec la trouille bleue d’en redescendre trop vite.

C’est fou. Sur les vidéos prises durant la course, il est à l’aise, constamment en danseuse, regardant autour de lui, avec un air de promenade. Pourtant sur les photos, la mine est grise, l’attitude est inquiète, le moral semble atteint. L’image fixe était semble-t-il la plus forte : celui qui était en réalité le plus en jambes stoppe, terrassé par le froid, au sommet du Tourmalet, après plusieurs heures d’effort. A l’inverse, le second peinait manifestement sur les images filmées. C’est la première fois que je le voyais dandiner les épaules et se déhancher, assis, très rarement en danseuse. Sauf que les photos, décidément, le montraient joyeux et puissant, l’allure solide et franche. La vidéo cette fois s’est inclinée, car il est allé au bout et a terminé. Le vélo serait donc réellement un roman ? J’en suis chaque jour davantage convaincu. Il est un inépuisable théâtre, une intarissable source de récits et d’aventures, ressort d’infinis surprises et rebondissements. Il réussit surtout à vaincre, on l’a vu, les clichés et les films qui cheminent dans nos têtes. BetClic et Winamax n’ont d’autre choix que de s’abstenir. Ils ne feront pas fortune dans le peloton. Il n’y a sur les routes ni unité de temps, ni unité de lieu, ni unité de personnages. A la rigueur, il y a unité d’action : il faut pédaler, pédaler, pédaler, mais les repères s’arrêtent là. On monte sur la selle comme on monte sur scène, avec la trouille bleue d’en redescendre trop vite.

Jean André et Pierre Jacky ont pris, dimanche 20 juillet, le départ de L’Etape du Tour 2014, reliant Pau à Hautacam en 148 kilomètres. Je les ai suivis, mais devant mon ordinateur. Ce dont nous parlions entre nous sur le ton du défi bravache et sympathoche il y a quelques jours encore s’est transformé en un tableau dantesque fournisseur de stress et de silences. Avec, même s’il faut proportion garder, des mots pas simples à entendre, qui plus est au téléphone avec à côté de soi, à 1 000 kilomètres au Nord des Pyrénées, leur sœur, leur fille : « ambulance », « hypothermie », « abandon », « gymnase ». Le maillot jaune de nombre de participants à cette Etape du Tour était une couverture dorée et leur podium la marche – au mieux – de la voiture balai. Le roman gris a pris le dessus.

Le chapitre suivant, celui du premier debriefing, sur le haut-parleur d’un téléphone, ne manquait pas non plus de sel. Pierre a pu finir l’épreuve. La voix plus abimée et lente qu’à l’accoutumée, son témoignage, le tout premier, avant que ne soient publiées les photos et les vidéos, était celui de la péripétie : « Je pensais abandonner au sommet du Tourmalet. Jean m’a trainé tout du long. Et puis, après 70 kilomètres, la pluie n’a pas cessé. Je ne sentais plus mes doigts, mais Jean lui était complètement frigorifié. Il était en hypothermie. Je l’ai attendu. Et j’ai vu qu’il ne pourrait pas reprendre. Je me suis dit que pour lui il fallait finir. Alors j’ai fini. » Ma femme et moi de l’autre côté du téléphone nous sommes regardés. Je n’avais pas fait de vélo ce week-end. J’ai pourtant le sentiment, comme elle, d’avoir appris, beaucoup, à en faire.

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