La LOLL

Un nouveau personnage s’ajoute au roman. Jean-Paul Guyader a 28 ans. Il est né à Caen et vit, comme son vélo, à Lisieux. Il n’a pas fait de vélo depuis qu’en 2004 il était une fois allé avec chez son boulanger, son marchand de journaux et son débitant de tabac, un peu loin tous les deux de son domicile car à 500 mètres. Alors ce dimanche matin, après, par précaution, un repas de la veille arrosé de vin blanc pour « prévenir » les crampes, lorsqu’il saisit le cintre tout en acier de son vélo datant probablement de 1988 et appartenant à son oncle mais dont on dira pour la beauté du récit qu’il est de 1935, l’aventure qui allait se révéler à lui pouvait commencer. Nous avions chacun des brioches et un bidon de thé « Cycles Gourgand Dieppe Rouxmesnil » achetés le samedi et dont je suis particulièrement fier, ce qui me permit d’enlever in extremis du sac à dos que mon ami Jean-Paul avait préparé la bouteille d’eau de 1,5 litres, donc 1,5 kilos, qu’il voulait trimbaler. Une chaine qui déraille 200 mètres après le départ confirmait qu’il allait falloir prendre soin de la machine, mais la LOLL pouvait commencer. La LOLL, c’est la Lisieux-Orbec-Livarot-Lisieux, une étape à brûler un cierge et des matières grasses. Lisieux-Orbec se fait plutôt facilement, le long d’une ancienne vallée industrielle jonchée le long de l’Orbiquet de moulins désaffectés à notre droite et de chaumières normandes qui devaient appartenir aux mêmes industriels à notre gauche. Pas de vent, pas de difficultés, ces 20 premiers kilomètres étaient ceux des réglages pour Jean-Paul : dérailleur, position, bidon. Petit tour d’Orbec à l’arrivée, juste le temps de passer derrière l’église et devant la mairie, de sentir l’odeur de poulet devant la rôtisserie de la commune où les riverains faisaient la queue, d’avaler un bout de brioche et hop, c’est reparti. Le deuxième tiers du parcours, Orbec-Livarot, est le plus dur. Il y a des bosses et il y a du vent de face. J’assure un train et Jean-Paul se cale dans la roue. Et ça tient. Sur ce tronçon qui assurément avait été emprunté il y a peu par une course, par deux fois on lisait, à la peinture rouge, sur la chaussée, « 1 km MG ». Deux prix du meilleur grimpeur en 20 bornes, Livarot va haut. De quoi donner des ailes, à tout le moins du courage, à Jean-Paul qui, courageux, effectivement, l’a été, passant ces premières bosses en soufflant mais sans douter, heureux toutefois à ce moment – il a fini par l’avouer le bougre – de n’avoir pas à porter de grande et lourde bouteille d’eau sur son dos. Deuxième pause, dans Livarot, après un selfie devant le couvercle géant du met éponyme de la commune annonçant la tenue de la foire aux fromages les 3 et 4 août prochain. Re-bout de brioche, besoin dans un coin et nouveau bidon. Un autochtone, parce que la pluie retombait, nous adressa, visiblement heureux de trouver à parler : « Mais c’est pas un temps à faire du vélo ça ! ». Sereins, nous lui répondions, en chœur : « On fait la LOLL, plus c’est dur, plus c’est beau. » Nous n’avions pas de mérite : nous avions déjà travaillé cette réplique modeste et définitive la veille auprès de nos épouses respectives qui pensaient nous convaincre que notre désir d’aventure, de rhume et de souffrance devait céder devant la pluie qui n’est jamais, si on voulait un peu positiver, que le climat local. Assez parlé car, avec la dernière partie de la sortie, Livarot-Lisieux,  il reste une vingtaine de kilomètres pour rentrer,  avec deux grosses difficultés : une côte de trois kilomètres qui serait le calvaire de mon ami et la côte de la Basilique de Lisieux qui serait, à deux pas de la maison, notre ligne d’arrivée. La première fut l’occasion pour moi, afin d’encourager mon compère, de sortir toutes les phrases évidemment les plus caricaturales, plates et convenues sur le vélo, mais dites avec l’accent, la fougue et la conviction qui conviennent. Commentateur : « Ça monte lààà. C’est bon çaaa. » Prophétique  : « le vélo, c’est vraiment la vraie viiie. » Analyste : « On n’est pas bien avec soi-même là ? » Inquisiteur : « Franchement, qu’est-ce qui peut te rendre plus fier que d’avoir monté cette côte ? » Myope et hypocrite : « Allez, dans 400 mètres on y est (ndlr, 800 mètres). » Bref, pour une fois que je n’étais pas dans la position du gars soutenu et attendu, je n’allais pas me priver de sortir la palette. Reste que le mental d’acier de Jean-Paul a tout fait. Il a tout franchi, à son rythme et avec classe, redoublant d’efforts sous la pluie battante. Quand soudain, au loin, on aperçut Lisieux, son hôpital d’abord que nous n’avons guère eu besoin de solliciter, sa Basilique et « Sainte-Thérèse » ensuite que nous n’avons pas priée, mais que nous avions choisie comme arrivée évidemment au sommet. Elle est la sainte patronne des missions. Elle fut proclamée après Jeanne d’Arc patronne secondaire de la France. On trouve trace dans ses écrits que son père l’appelait sa « petite Reine » et elle demandait à Dieu « la force de souffrir ». C’est certain, elle aurait pu faire du vélo. C’est certain, elle méritait cette arrivée. D’autant que le miracle attendu se produisit. Toute morale chrétienne était respectée : Jean-Paul , aux premiers mètres de l’Ascension, mit pied à terre, épuisé. Puis, c’est le miracle, rassembla ses dernières forces, retrouva l’espoir et la foi, enfourcha sur son vélo et gravit les dernières encablures. Il fallait un signe du ciel. Il est venu. C’est une averse divine qui nous a récompensés.

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