Tests des forts

Le jour de l’inspection, par Pierre Jacky, le directeur sportif de notre Team, après six mois de pratique cycliste, a sonné. A la veille de Noël, inspection personnalisée qui plus est, car Jean André, troisième complice de notre équipe, a préféré s’aligner sur une sortie « World Tour » avec le groupe du plateau de Saclay. C’est le premier test des forts. Il l’a réussi. Lui a le niveau polytechnicien. Le nôtre, passant par Villetaneuse, est classiquement universitaire. Campeone versus campus. On n’a pas choisi le même bus. Passons. Il est excusé. On lui en aurait voulu s’il n’avait pas couru. Revenons à Clichy. Pour cette sortie de Noël, je décidai, privilège de celui qui reçoit sur ses routes, de prendre la direction de Sarcelles. J’ai, non exprimé jusqu’alors, au fil des sorties, cet objectif : découvrir les banlieues parisiennes, toutes les banlieues, aussi diverses, du sud au nord, de l’ouest à l’est, soient-elles. Avec une remarque qui dimanche après dimanche me taraude et se confirme : si je parviens en vélo à gagner ces villes que l’on dit loin de tout (de Paris, des emplois, des centres) et qui pourtant ne sont qu’à quelques kilomètres, quelques dizaines tout au plus, c’est que la distance, à kilométrage égal, n’est pas la même pour le loisir et pour la vie. Quoique ici, sur la selle, on n’entre pas à Sarcelles comme dans un Sofitel. Sur le chemin, feux rouges à foison (font-ils partie des décorations de Noël?), travaux sur la route qui se transformera en piste tramwable, voies larges et plutôt dangereuses. Nous aurions pu et dû, au prix de cet effort constant de vigilance, visiter la commune. Cela restera un regret, mais la suite de notre itinéraire était tracée : Ecouen, son château, Musée national de la Renaissance depuis que Malraux, rue de Valois, lui a confié cette mission. A proche distance de Roissy, nous nous sentions pousser des ailes, suivant du regard ces avions dans le ciel, les mêmes – on les a reconnus – que ceux qui atterrissent ou décollent derrière les cours de tennis dans les films de Yves Robert. Une fois à Ecouen, nous nous attendions donc, sans difficulté, à être guidés, si ce n’est par une voix solennelle (« Entre ici Yyyyyves Philiiiippe. Roule iciiiiiii Pierre Jacky. »), à tout le moins par une signalétique touristique soignée. Son château était le motif culturel de notre sortie. Il fallait en rapporter une image, des souvenirs et pourquoi pas quelques savoirs. Peines perdues. Nous rentrerons bredouilles. Comme ces coureurs qui filent tout droit lorsqu’il aurait fallu prendre un virage et perdent leur avance, leurs illusions,  leurs espoirs. Sauf que, malins que nous sommes, nous ne le saurons pas tout de suite, comprenant seulement au retour, à cause ou grâce à  Google Images, que ce que nous prenions pour les enceintes de notre château n’était en réalité que le muret d’une modeste fortification annexe. C’est le second test des forts. Moment deux ridicules. Moment deux solitudes. Celui-ci fut un échec. Tant pis, même penauds, rien ne nous empêchait de continuer à pédaler. L’inspection pouvait se poursuivre,  mon évaluation être sauvée. Sur des routes plus propices et plus faciles, on procéda aux épreuves techniques. D’abord l’enchaînement de quelques bonnes petites cotes. Pierre Jacky montrait l’exemple : il était devant. Ensuite une très bonne descente, du haut de Domont où je tenais à montrer à mon hôte la place de ce village qui m’avait charmé, jusqu’à Enghien-les-Bains, où, heureusement, nos freins ont tenus. Nous nous serions retrouvés la tête en avant, après un joli soleil du mois de décembre, au pire dans le lac, au mieux sur une roulette au casino. Enfin, une bonne ligne droite bien roulante et bien exposée au vent – « sur mon île, mon île Saint-Denis » aurait dit Nougaro – où le moment était idéal pour quelques relais qu’on jugera peut-être, avant de rentrer, bien appuyés. Il y a des fois où le vélo n’est plus un roman et où il faut remplir un carnet, de notes, d’analyses, de santé. Après 49 kilomètres et environ 800 de plus depuis la fin août,  le mien n’était pas flamboyant, mais pas catastrophique non plus. J’y ai gagné des encouragements et la joie, surtout, de vite recommencer.

Photo : www.valdoise.fr

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