Les rêveries du rouleur solitaire

Les commémorations du Centenaire de la Grande Guerre ont commencé, en novembre dernier, dans tout le pays. Le prochain Tour de France pour s’y associer visitera en profondeur l’est de la France, passant notamment par Verdun. Je voulais participer à cet hommage de la Nation et décidai de pédaler sans tarder, ce dimanche, jusqu’à Domont… dans le Val d’Oise. Je ne m’étais en effet jamais rendu à l’Ossuaire, même si, première rêverie, je compris un peu tard que ce serait pour une prochaine fois, ne regrettant pas toutefois la charmante mairie, la républicaine école, l’adorable place du marché de Noël et notant avoir découvert dès l’entrée de cette « cité millénaire » un cimetière dont les drapeaux tricolores dépassaient le mur d’enceinte. C’eut donc pu. Par ailleurs, 3,5 kilomètres en amont, dans les derniers quartiers de Montmorency, je fus accueilli, au sommet d’une belle côte offrant au loin une vue dégagée et inspirée sur Paris, par un Monument gravé de trois mots : « Aux glorieux morts ». C’eut donc vraiment pu. Il faut dire que passer par Montmorency autorise tous les débordements oniriques. Jean-Jacques Rousseau, promeneur solitaire dans tous ses Etats, y a vécu et probablement marché plusieurs années. Je tenais, qui plus est, à passer dans ce haut lieu de la Résistance. Deuxième Rêverie. Vous saviez, vous, que Montmaure n’était pas le diminutif de Montmorency ? Pas moi, préférant grogner contre la page collaborationniste de Wikipédia qui ne parlait même pas du réseau de Résistance qui s’y est créé. Il a bien fallu se rendre à l’évidence : Montmaure est dans les Alpes et Montmorency davantage marquis que maquis. Pour preuve : le nombre de petits châteaux que l’on y longe ! Je voulus alors me reprendre. Une pate de fruits et c’était décidé. Assez rêvé. Heureusement, il y a du tangible, du vrai, du dur, du sonnant et du trébuchant dans cette sortie. D’abord j’ai échangé un signe et quelques mots, ma foi fort simples (« Bonjour le Père Noël! ») avec le Père Noël, au bord d’un rond point où il s’était posté pour saluer automobilistes et cyclistes. Je faillis en tomber, plus préoccupé par ma rencontre que par l’enclenchement de mes pédales. Que voulez-vous j’étais comblé. Le Père Noël est, en décembre,  le « Diablo » des cyclos. Il n’est pas teuton mais lapon. Il n’est pas rouge et noir mais rouge et blanc. Il n’a pas de cornes mais une capuche (Sarcelles n’était pas loin). Vous voulez, ensuite, toujours plus de concret ? Le bon sens excelle toujours sur le zinc. Après avoir déniché un troquet intitulé « Le coin aux Roses », signe annonciateur, je suis tombé, peu après l’entrée dans Epinay-sur-Seine, au retour, sur cette trouvaille extraordinaire : le Kou-Dé-Ta. J’en ai éclaté de rires sur mon vélo en lisant le nom de ce bar. Soit le patron n’aime pas les socialistes et il se paye la tête de François Mitterrand, soit l’homme de 1971 est au contraire son idole et il continue, des décennies plus tard, à se farcir De Gaulle. Chapeau patron. Vous vous rendez compte ? Combien de camarades vont lever leur verre chaque soir au Kou-Dé-Ta ? « -Chéri tu étais où ?  - Au Kou-Dé-Ta. – Tu y étais vraiment? – oui, j’ai même bu tout ce qui s’est passé ! » Cela laisse, tout simplement, rêveur. Les cyclistes sont des gens sérieux. Ils ne font pas d’excès. Cela fait trop mal au Mollet. Et pourtant la rêverie a repris le dessus. Parce qu’en vélo elle est sans doute la plus forte. Peut-être aussi parce que le passage devant le casino d’Enghien-les-Bains et son lac fait tourner la tête. Toujours est-il que les rêveries sont revenues. Imaginez la Seine. Sur l’île Saint-Denis, à quelques encablures de l’arrivée clichoise, il s’est passé quelque chose d’épatant. J’ai doublé une péniche en pleine navigation. Quelle impression ! Quelle sensation! Quel sentiment!  J’étais un peu comme Jolly Jumper rattrapant un train fou rempli de nitroglycérine et lancé à vive allure. Ou Comme Obélix courant le long des rives du Nil et traînant un bateau rempli de pierres pour alimenter et accélérer la construction du palais de Cléopatre. Mystère de L’Ouest parisien et royale rêverie d’Egypte. En rentrant, sitôt descendu de selle (« tout doux Jolly Jumper »), sitôt confronté à la réalité. En une du « Monde », sur la table de la salle, les excuses de Lance Arsmstrong à Christophe Bassons, le Monsieur Propre du peloton dans les années 1990. On se frotte les yeux. On se dit que, oui, c’est bien réel. On se dit aussi que, cette fois, nous devrions garder les yeux ouverts une bonne fois pour toutes. Le vélo est un vrai roman. Cela tombe bien. Les romans disent toujours la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Je le jure.

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